Archives de catégorie : Entreprise

Actualités liées à la sécurité informatique des entreprises, PME, PMI, TPE, association, communes.

Rançongiciel en Roumanie, 1 000 systèmes d’eau chiffrés

Une attaque par rançongiciel a paralysé environ 1 000 systèmes informatiques de l’autorité roumaine des eaux. Les barrages et l’exploitation hydraulique ont tenu, grâce à des procédures manuelles.

La Direction nationale roumaine pour la cybersécurité (DNSC) a annoncé qu’une attaque par rançongiciel, survenue en décembre 2025, a compromis près de 1 000 systèmes IT de l’Administrația Națională Apele Române, l’autorité nationale de l’eau. Dix des onze administrations régionales de bassins, dont Oradea, Cluj, Iași, Siret et Buzău, ont été touchées. Les assaillants ont détourné BitLocker, un mécanisme légitime de chiffrement Windows, pour verrouiller les fichiers et déposer une note exigeant un contact sous sept jours.

Un choc IT, une continuité opérationnelle sous contrainte

La scène se joue d’abord côté bureaux et serveurs. La DNSC indique qu’une attaque de type rançongiciel a frappé l’infrastructure informatique de l’Administrația Națională Apele Române, avec environ 1 000 systèmes compromis. L’impact territorial est massif : dix administrations régionales de bassins sur onze seraient concernées, avec des sites cités comme Oradea, Cluj, Iași, Siret et Buzău. La liste, à elle seule, raconte la difficulté logistique : quand l’IT tombe en panne à cette échelle, la gestion de crise devient une affaire de synchronisation et de priorités, pas seulement de remédiation technique.

Le périmètre atteint, détaillé par les autorités, couvre des briques critiques du quotidien numérique. Sont mentionnés des serveurs applicatifs SIG (GIS), des serveurs de bases de données, des postes Windows, des environnements Windows Server, mais aussi des serveurs de messagerie et web, ainsi que des serveurs DNS. Autrement dit, de quoi casser la cartographie opérationnelle, gêner la circulation d’information, perturber la résolution de noms et compliquer toute orchestration de reprise.

Pourtant, l’essentiel, au sens hydrotechnique, n’a pas cédé. L’autorité de l’eau affirme que les technologies opérationnelles (OT) n’ont pas été touchées. Elle précise que l’exploitation des ouvrages hydrotechniques repose sur des centres de dispatching et des communications vocales. Les constructions hydrotechniques resteraient « sécurisées », opérées localement par du personnel spécialisé, coordonné par ces centres. La conséquence immédiate est un basculement vers une conduite dégradée : moins de confort numérique, plus de procédures, de réflexes et de voix au téléphone.

Ce choix d’architecture de crise n’est pas anodin. L’organisation insiste sur la continuité de fonctions sensibles, contrôle de barrages, gestion des crues, distribution d’eau, assurée via supervision manuelle et protocoles vocaux conçus pour ce type de contingence. C’est la logique classique de résilience : si l’IT est frappée, l’OT doit tenir, et si l’OT dépend de l’IT, alors des modes alternatifs doivent déjà exister. Ici, la narration officielle vise à rassurer sur ce point précis : la disponibilité opérationnelle n’a pas été brisée.

 

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BitLocker détourné, et un angle mort de protection nationale

Le détail technique central tient en un mot connu des administrateurs Windows : BitLocker. Selon une première évaluation, les attaquants ont utilisé ce mécanisme légitime de chiffrement pour produire un blocage par chiffrement sur les systèmes touchés. Le signal est fort sur le plan du renseignement de menace : au lieu d’introduire un malware « exotique », l’adversaire exploite un outil natif, déjà présent et souvent autorisé. Cela complique l’attribution technique, brouille les détections basées sur la présence d’un binaire malveillant, et déplace la bataille vers les droits, la gouvernance et l’audit des usages.

Les assaillants ont aussi déposé une note de rançon exigeant une prise de contact sous sept jours. La DNSC réitère sa doctrine : ne pas contacter ni négocier avec les cybercriminels, pour éviter d’alimenter leur économie. Dans cette logique, la variable critique devient le temps. Sept jours, c’est une pression psychologique, mais c’est aussi une fenêtre de reprise, de reconstitution d’inventaires, d’assainissement et de restauration. Quand des serveurs DNS, mail et web sont cités, la tentation de « raccourcir » la crise est forte. La recommandation publique vise à cadrer cette tension.

Un autre élément, plus politique, ressort de l’enquête : l’infrastructure de l’autorité des eaux n’était pas protégée par le système national de protection des infrastructures IT d’importance critique pour la sécurité nationale. Ce point ouvre un débat de surface, mais surtout un chantier immédiat. Des procédures ont été lancées pour intégrer ce périmètre aux dispositifs développés par le Centre national de cyber-renseignement, au sein du service de renseignement roumain, afin d’assurer la protection d’infrastructures publiques, et privées jugées critiques, via des technologies de cyber-intelligence. Le vocabulaire est important : on passe d’une défense locale à une logique de protection mutualisée, pilotée, et nourrie par le renseignement.

 

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Aflac : 22,7 millions de personnes touchées après la fuite de juin

En juin, une intrusion informatique chez Aflac a exposé des données sensibles à grande échelle. L’assureur dit avoir stoppé l’attaque en quelques heures, mais confirme un vol de fichiers concernant 22,7 millions d’individus.

Le groupe d’assurance basé en Géorgie confirme qu’une cyberattaque survenue en juin a entraîné le vol d’informations personnelles concernant environ 22,7 millions de personnes, dont plus de 2 millions au Texas. Aflac affirme avoir contenu l’intrusion « en quelques heures » et ne pas avoir subi de rançongiciel, tout en reconnaissant que des documents ont été exfiltrés. Les fichiers dérobés portent sur des demandes d’indemnisation, des données de santé, des numéros de Sécurité sociale et d’autres éléments identifiants, touchant clients, bénéficiaires, salariés, agents et autres personnes liées aux activités américaines. L’enquête s’est achevée le 4 décembre, sept mois aprés la cyber attaque !

Ce que l’enquête interne révèle, et ce qu’elle ne dit pas

Aflac a publié une déclaration marquant la fin d’une enquête ouverte après l’incident annoncé plus tôt dans l’année. Le récit officiel suit une ligne claire : détection rapide, arrêt de l’intrusion « dans les heures », continuité des opérations, puis confirmation d’un vol de données. Autrement dit, la disponibilité des systèmes n’a pas vacillé, mais la confidentialité, elle, a cédé. Pour un assureur, c’est souvent le scénario le plus redouté : la machine continue de tourner, tandis que la fuite, silencieuse, produit ses effets longtemps après.

L’entreprise avait déjà alerté la Securities Exchange Commission (SEC) sur un point central : malgré l’endiguement, certains fichiers ont été emportés par les cybercriminels. Dans sa nouvelle communication, Aflac insiste sur l’absence de rançongiciel. Cette précision compte, parce qu’elle déplace la lecture du risque. Sans chiffrement généralisé ni extorsion affichée, l’attaque s’apparente davantage à une opération de collecte ciblant des dossiers à forte valeur : pièces de sinistres, éléments médicaux, identifiants administratifs, et tout ce qui permet, ensuite, de frauder, d’usurper ou de recouper.

Le périmètre humain est massif. Des responsables au Texas indiquent que plus de 2 millions de résidents ont été affectés. Au total, environ 22,7 millions de personnes voient leurs informations potentiellement compromises. Aflac précise que les documents exfiltrés contiennent des informations liées aux réclamations d’assurance, des données de santé, des numéros de Sécurité sociale et d’autres détails personnels. La liste des populations concernées dépasse les seuls clients : bénéficiaires, employés, agents, et « d’autres individus » associés aux activités américaines de l’assureur.

La chronologie est, elle aussi, un message. Les courriers envoyés aux victimes indiquent que l’enquête a été conclue le 4 décembre. L’entreprise a commencé à notifier les régulateurs d’États et à expédier des lettres de notification de violation de données. Dans ces lettres, Aflac propose deux ans de services de protection d’identité, avec une date limite d’inscription fixée au 18 avril 2026. Ce type de mesure sert autant à réduire l’impact immédiat, qu’à reconnaître implicitement la durée probable du risque : l’exploitation de données d’identité peut survenir des mois, parfois des années, après une fuite.

 

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Dans l’ombre, un signal plus large : l’assurance comme terrain de chasse

L’incident ne survient pas en vase clos. Il s’inscrit dans une vague d’attaques ayant visé le secteur de l’assurance, attribuées à une organisation surnommée Scattered Spider. Le texte décrit un collectif « faiblement affilié », composé de cybercriminels anglophones, connu pour ses accès initiaux obtenus par usurpation, notamment en se faisant passer pour des employés IT. Ce détail est crucial du point de vue renseignement : l’entrée ne dépend pas forcément d’une faille technique sophistiquée, mais d’une capacité à manipuler les procédures internes, le support, l’urgence, la confiance. Quand l’adversaire sait parler le langage des tickets, des mots de passe et des « réinitialisations« , la surface d’attaque devient l’organisation elle-même. Bref, l’entreprise a été piratée par Scattered Spider.

Au même moment, Erie Insurance, Philadelphia Insurance Companies et Scania Financial Services ont également signalé des cyberattaques. Pris ensemble, ces cas dessinent une campagne opportuniste mais structurée : une industrie riche en données, habituée aux échanges documentaires, et contrainte par des obligations de notification, donc prévisible dans sa réponse. Pour les attaquants, c’est un avantage : chaque annonce publique valide que l’accès a eu lieu, et la nature des données laisse entrevoir des usages multiples, de la fraude au chantage individuel, sans qu’il soit nécessaire de bloquer la production par un rançongiciel.

La pression policière, elle, apparaît en filigrane. Après ces attaques, un site de fuite utilisé par le groupe a été démantelé, et deux membres ont été arrêtés puis inculpés au Royaume-Uni. Une plainte du Department of Justice, rendue publique en septembre, affirme que l’opération Scattered Spider a pu extorquer au moins 115 millions $ (105,8 millions €) à des dizaines de victimes en trois ans.

Aflac affirme avoir prévenu les forces de l’ordre fédérales et engagé des experts en cybersécurité. Reste une tension, typique des crises modernes : l’entreprise explique avoir évité l’arrêt opérationnel, mais doit maintenant gérer la seconde phase, la plus longue, celle où des millions de personnes deviennent des cibles potentielles de fraudes et d’arnaques alimentées par des données authentiques. La question n’est plus seulement « qui est entré« , mais « qui exploitera ce qui a été pris« , et à quel rythme.

 

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Email, première brèche pour les entreprises en 2025

En 2025, l’email reste la porte d’entrée la plus rentable pour les attaquants. Un rapport mondial décrit des violations fréquentes, coûteuses et liées au ransomware, avec une réponse freinée par l’humain et l’automatisation.

Selon le Rapport 2025 sur les violations de la sécurité des emails de Barracuda, fondé sur une enquête auprès de 2 000 décideurs IT et sécurité (avril-mai 2025), 78 % des organisations interrogées ont subi une violation liée à l’email sur douze mois . Les attaques les plus citées mêlent phishing et spear phishing (27 % des victimes), compromission de messagerie professionnelle, dite BEC (24 %), et piratage de compte (22 %). L’étude souligne un enchaînement typique, le phishing ouvrant la voie à des compromissions plus profondes, jusqu’au ransomware. Elle chiffre aussi l’impact, de la réputation aux arrêts d’activité, et met en évidence un point dur pour les petites structures, qui supportent un coût par employé nettement plus élevé.

Une chaîne d’attaque structurée autour de l’email

L’enquête, menée dans plusieurs zones (États-Unis, Royaume-Uni, France, DACH, Benelux, Nordiques, Australie, Inde, Japon) auprès d’organisations de 50 à 2 000 employés, décrit un paysage où les menaces s’emboîtent. Le rapport insiste sur un mécanisme de « premier domino » : l’hameçonnage sert souvent de point de départ, puis les identifiants volés alimentent l’usurpation d’identité interne, le piratage de comptes et, dans certains cas, la livraison de charges malveillantes .

Dans les réponses, les victimes citent aussi virus et malwares (29 %), spam (28 %), usurpation de marque (23 %), détournement de conversations (17 %) et menace interne intentionnelle (19 %). Cette diversité est un indicateur utile côté renseignement : la surface d’attaque ne se limite pas au « mail piégé », elle inclut la crédibilité de l’expéditeur, la continuité des fils de discussion et les techniques de spoofing. Le rapport rappelle que les attaquants peuvent falsifier le nom d’affichage, le domaine ou recourir à des domaines sosies pour obtenir un clic, un virement ou un identifiant.

La BEC est décrite comme une menace ciblée et financièrement motivée : l’objectif n’est pas seulement l’intrusion, mais la tromperie opérationnelle, pousser un employé à transférer de l’argent ou à divulguer des informations sensibles. Dans une logique renseignement, cela met l’accent sur la connaissance de l’organisation par l’adversaire, ses procédures de paiement, ses habitudes d’échanges et ses « signaux de confiance » internes.

Des dégâts mesurables, une réputation fragile

Le rapport situe la conséquence la plus fréquente au niveau de la marque : 41 % des répondants citent une atteinte à la réputation, avec, pour une partie d’entre eux, une perte d’opportunités commerciales qui pèse sur la croissance . Les effets opérationnels suivent de près : interruptions d’activité et temps d’arrêt (38 %), baisse de productivité (36 %). La perte de données sensibles est également mentionnée par 36 % des organisations, et les impacts commerciaux se traduisent par une perte de nouvelles affaires (27 %) et de clients (25 %) .

Le rapport note que l’atteinte à la réputation peut dépasser la perception immédiate, en entraînant des conséquences juridiques, contractuelles et stratégiques. Dit autrement, l’email n’est pas qu’un vecteur technique : c’est une zone de confiance. Lorsqu’elle est compromise, la capacité d’une organisation à convaincre, signer et encaisser peut se dégrader, même après remise en état des systèmes.

Pour objectiver l’impact, l’étude donne un coût moyen de réponse et de récupération de 217 068 $ (199 702,56 €), conversion indicative calculée avec l’hypothèse 1 $ = 0,92 € (217 068 × 0,92 = 199 702,56) . Cette moyenne cache un point clé : le choc relatif est plus violent pour les petites structures. La mesure d’atténuation la plus coûteuse atteint en moyenne 145 921 $ (134 247,32 €) pour les organisations de 50 à 100 employés, contre 364 132 $ (335 001,44 €) pour celles de 1 000 à 2 000 employés, toujours avec la même hypothèse de conversion . Le rapport traduit surtout cette asymétrie en coût par employé : 1 946 $ (1 790,32 €) dans les petites organisations, contre 243 $ (223,56 €) dans les plus grandes. Le calcul est direct, 1 946 × 0,92 = 1 790,32 et 243 × 0,92 = 223,56.

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Détection, réponse, ransomware : le temps comme facteur de risque

La donnée la plus opérationnelle concerne la vitesse. La moitié des organisations indiquent avoir détecté la violation en moins d’une heure . Pourtant, le rapport relie les retards à un risque accru de ransomware : 71 % des organisations ayant subi une violation email déclarent aussi un ransomware sur la même période . L’explication avancée est une continuité de chaîne : un message de phishing « anodin » sert de tremplin, via identifiants volés ou accès compromis, puis les pièces jointes et liens malveillants facilitent la livraison et l’extension de l’attaque.

L’étude compare les profils. Parmi les victimes de violations email non touchées par un ransomware, 58 % détectent en moins d’une heure et 47 % atténuent la menace dans l’heure suivant la détection. À l’inverse, chez celles touchées aussi par ransomware, 51 % mettent de deux heures à une journée ouvrée pour détecter, et 56 % nécessitent de deux à huit heures après détection pour atténuer . Le rapport résume : 64 % des victimes de ransomware mettent plus de deux heures à corriger une violation email.

Pourquoi ce délai ? Trois familles d’obstacles ressortent. D’abord, la sophistication et l’évasion : 47 % citent les techniques d’évasion avancées comme principal frein à une réponse rapide, et 43 % pointent des emails plus convaincants dans le langage et la mise en forme . Ensuite, l’humain : 46 % observent une forme de complaisance, les employés supposant que les outils les protègent quoi qu’il arrive, et 34 % indiquent que les mails suspects ne sont pas signalés. Enfin, l’outillage : 44 % estiment que l’absence de réponse automatisée retarde détection, confinement et nettoyage des boîtes de réception, tandis que 40 % évoquent le manque de personnel qualifié .

La recommandation implicite côté renseignement est claire : réduire la fenêtre d’exploitation exige des signaux exploitables vite, des procédures d’isolement, et des capacités de suppression post-livraison. Le rapport évoque une approche intégrée, mêlant détection avancée, formation, automatisation, authentification multifacteur et protocoles d’authentification (SPF, DKIM, DMARC), ainsi que l’usage de flux de renseignements sur les menaces pour suivre domaines malveillants et tactiques émergentes .

Le tableau dressé est celui d’une menace email industrialisée, où la compromission initiale conditionne la suite, BEC ou ransomware, et où le facteur temps, plus encore que l’outil, décide souvent de l’ampleur des dégâts. Si 44 % des organisations lient leurs retards au manque d’automatisation, jusqu’où une réponse orchestrée et nourrie par le renseignement sur les menaces peut-elle raccourcir la fenêtre qui sépare l’email reçu de l’attaque réussie ?

 

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La CNIL sanctionne Nexpubica pour le logiciel PCRM

Une fuite fonctionnelle a exposé des dossiers d’usagers à des tiers dans des portails d’action sociale. Trois ans plus tard, la CNIL inflige 1,7 million d’euros pour défauts de sécurité jugés élémentaires.

Le 22 décembre 2025, la CNIL a condamné NEXPUBLICA FRANCE à 1 700 000 euros d’amende pour insuffisance de mesures de sécurité autour de PCRM, un progiciel de gestion de la relation usagers utilisé dans l’action sociale, notamment par des MDPH. Fin novembre 2022, des clients ont signalé à la CNIL que des utilisateurs accédaient à des documents appartenant à des tiers. Les contrôles ont mis en évidence des faiblesses techniques et organisationnelles, des vulnérabilités connues via des audits, et des corrections tardives, après la violation. La sensibilité des données, dont certaines révèlent un handicap, a pesé lourd.

Le déclencheur : des usagers voient les documents d’autrui

Le dossier démarre par une alerte venue du terrain. Fin novembre 2022, des clients de NEXPUBLICA FRANCE notifient à la CNIL une violation de données personnelles après des signalements d’usagers : sur le portail, certains auraient consulté des documents concernant des tiers. Ce type d’incident est redouté en environnement social, car l’accès indu, même « par erreur », produit un dommage immédiat pour les personnes, et expose l’organisation à une perte de confiance durable.

La CNIL intervient alors par des contrôles auprès de l’éditeur. Le contexte est celui d’un logiciel métier, PCRM, destiné à gérer la relation avec les usagers de l’action sociale et utilisé, selon les éléments fournis, par des maisons départementales des personnes handicapées dans certains départements. Autrement dit, la chaîne de traitement ne se limite pas à un site web : elle relie des collectivités, des agents, des workflows administratifs, et des espaces de dépôt ou de consultation de pièces justificatives.

Dans une lecture cyber, l’incident ressemble à une brèche de cloisonnement. Quand un usager obtient des pièces qui ne lui appartiennent pas, l’hypothèse la plus simple n’est pas un « piratage spectaculaire » mais un défaut de contrôle d’accès, de gestion de session ou de logique applicative. C’est précisément ce que la CNIL sanctionne ici : une sécurité qui n’a pas été pensée au niveau du risque réel, alors que le produit traite des données particulièrement sensibles.

Pourquoi l’article 32 du RGPD pèse si lourd dans ce cas

La CNIL fonde la sanction sur l’obligation de sécurité prévue par l’article 32 du RGPD. Le principe est connu, mais il mérite d’être traduit en termes concrets : le responsable de traitement et le sous-traitant doivent mettre en place des mesures adaptées au risque, en tenant compte de l’état de l’art, du coût de mise en œuvre, et de la nature et des finalités du traitement. Ici, la nature du traitement est déterminante : le dossier concerne l’action sociale et inclut des informations pouvant révéler un handicap. La sensibilité intrinsèque augmente mécaniquement le niveau d’exigence attendu.

La formation restreinte, organe de la CNIL chargé des sanctions, retient une faiblesse « généralisée » du système d’information et une forme de négligence, avec des problèmes structurels laissés en place dans la durée. L’autorité relève aussi que la plupart des vulnérabilités constatées relevaient d’un manque de maîtrise de l’état de l’art et de principes de base en sécurité. C’est un point clé : ce reproche ne vise pas une sophistication technique manquante, mais l’absence de fondamentaux.

Le raisonnement suivi par la CNIL, tel qu’il est décrit, tient en trois étapes. Premièrement, des failles existent dans PCRM et exposent des données. Deuxièmement, ces failles étaient identifiées, notamment au travers de plusieurs audits. Troisièmement, malgré cette connaissance, les corrections n’ont été apportées qu’après les violations. Cette chronologie aggrave l’appréciation, car elle transforme une vulnérabilité en manquement persistant, donc en risque accepté par défaut.

Une sanction calibrée sur la sensibilité, l’ampleur et la posture d’éditeur

Le montant, 1 700 000 euros, est justifié par plusieurs critères mentionnés : capacités financières de la société, non-respect de principes élémentaires, nombre de personnes concernées, et sensibilité des données. L’addition de ces facteurs compose une logique de proportionnalité : plus les données sont intimes et le public vulnérable, plus l’exposition est grave ; plus les failles sont « basiques » et connues, plus l’inaction est difficile à défendre.

Le dossier comprend un élément de contexte qui pèse lourd politiquement : NEXPUBLICA FRANCE est spécialisée dans la conception de systèmes et logiciels informatiques. Pour la CNIL, cette spécialisation rend l’argument de l’ignorance moins crédible. Dans une approche de renseignement économique, cela renvoie aussi à l’enjeu de chaîne d’approvisionnement logicielle : quand un éditeur fournit des briques à des acteurs publics, la faiblesse d’un produit peut se répercuter sur des services essentiels et sur des populations sensibles, sans qu’il y ait besoin d’une attaque sophistiquée.

La formation restreinte n’a pas assorti la sanction d’une injonction de mise en conformité, car l’entreprise a déployé les correctifs nécessaires après les violations. Ce détail compte : il montre que l’autorité a choisi de sanctionner l’insuffisance initiale et la gestion tardive des risques, tout en constatant une remédiation effective. En clair, la conformité obtenue après coup n’efface pas le défaut de sécurité au moment où les données étaient exposées.

La stratégie Trump met le renseignement au service du commerce

Un document de 33 pages publié jeudi soir redéfinit la sécurité nationale américaine. Il demande aux services de renseignement de surveiller les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec un objectif assumé de découplage économique.

La nouvelle stratégie de sécurité nationale du président Donald Trump charge les agences de renseignement américaines de suivre les chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde. Le texte, long de 33 pages et publié jeudi soir, traite la politique économique comme un volet central de la sécurité nationale, dans un contexte de tensions tarifaires. Il demande d’identifier et réduire les vulnérabilités pesant sur la sécurité et la prospérité des États-Unis, tout en soutenant un découplage vis-à-vis d’adversaires étrangers. La stratégie évoque aussi l’hémisphère occidental comme réservoir de ressources stratégiques, et pousse à une cybersurveillance plus appuyée sur le privé, avec attribution et réponse « en temps réel ».

Renseignement mis au service du découplage économique

Le message politique est clair : l’administration Trump inscrit l’économie au cœur du périmètre « sécurité nationale » et en fait une mission explicite pour la communauté du renseignement. La stratégie affirme que les agences américaines « surveilleront les principales chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde entier » afin de comprendre, puis d’atténuer, les vulnérabilités et menaces pesant sur la sécurité et la prospérité nationales. Ce glissement est important, car il place l’analyse industrielle, logistique et commerciale dans le même registre que la contre-ingérence ou la lutte antiterroriste : collecte, cartographie, anticipation, et production d’alertes au décideur.

Le document insiste sur une finalité : réduire la dépendance de l’économie américaine à des adversaires étrangers, dans une logique de découplage. Les autorités américaines martèlent depuis des années que des acteurs comme la Chine et la Russie doivent être écartés des chaînes d’approvisionnement liées aux intérêts américains. La stratégie reprend cette idée, tout en reconnaissant une difficulté structurelle : l’économie est mondialisée, et séparer des filières imbriquées est à la fois complexe et coûteux. Le texte souligne en outre que la numérisation des chaînes d’approvisionnement rend l’objectif encore plus difficile, car les flux matériels se doublent désormais de flux de données, d’outils de pilotage et de services numériques partagés.

Cette orientation éclaire aussi le contexte mentionné : des mois de conflits tarifaires devenus un marqueur du programme économique du président. La stratégie apparaît comme une tentative de “tenir” une ligne politique dans la durée en la convertissant en exigences opérationnelles pour les agences fédérales. En pratique, la mission annoncée, surveiller où les entreprises expédient, produisent et stockent, implique une observation fine des trajectoires logistiques, des dépendances technologiques et des points d’étranglement, donc un effort massif d’analyse et de priorisation.

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Chaînes d’approvisionnement numérisées, un terrain cyber

L’angle cyber du document ne se limite pas à la protection classique des réseaux. Il relie directement l’effort de souveraineté économique à la réalité technique de chaînes d’approvisionnement devenues pilotées par des plateformes. La stratégie appelle les agences fédérales à s’appuyer davantage sur les opérateurs privés et des partenaires régionaux pour détecter des intrusions sur les réseaux américains. Autrement dit, le privé n’est plus seulement “une victime à protéger”, mais un capteur et un partenaire de détection, car c’est lui qui administre une large part des infrastructures, des logiciels et des données utiles à l’alerte.

Le texte va plus loin en évoquant une évolution vers une attribution et une réponse « en temps réel ». Cette formule dit deux choses. D’abord, la volonté d’accélérer le cycle, détection, qualification, attribution, action, afin de réduire le temps laissé à l’attaquant. Ensuite, l’idée que l’attribution, souvent longue et juridiquement délicate, doit devenir plus opérationnelle, au risque de se heurter aux zones grises : sources incomplètes, attaques via des relais, faux drapeaux, et dépendance à des données détenues par des prestataires. Dans une chaîne d’approvisionnement numérisée, un incident n’est pas seulement un accès illégitime à un réseau. C’est potentiellement une altération de données logistiques, une perturbation de services, une manipulation de l’information, ou une dégradation de confiance entre partenaires.

La stratégie met donc en scène un triangle de sécurité : l’État, les entreprises, et les partenaires régionaux. Ce choix suggère que l’administration accepte un fait technique : l’État ne voit pas tout, en temps réel, sur des infrastructures majoritairement privées. Pour compenser, elle cherche à institutionnaliser le partage de signaux et la coordination, avec une doctrine plus rapide de réponse. Le document ne détaille pas les garde-fous, mais il fixe une direction : la cybersécurité devient un outil de continuité économique, pas seulement un sujet de conformité.

Hémisphère occidental, ressources et infrastructures sous surveillance

Autre axe structurant : l’hémisphère occidental est présenté comme un espace fournissant des ressources précieuses aux intérêts américains. La stratégie indique que des analystes du renseignement appuieront les efforts visant à « identifier les points et les ressources stratégiques » de la région, afin de les protéger et de les mobiliser dans des développements avec des partenaires. L’objectif combine défense et opportunité : sécuriser des nœuds jugés critiques et soutenir des projets économiques alignés.

Le texte parle aussi d’opportunités d’investissement « stratégiques » pour des entreprises américaines dans la région. Il propose de nouer des partenariats publics-privés afin de bâtir une infrastructure énergétique “évolutive et résiliente”, d’investir dans l’accès aux minerais critiques, et de renforcer les réseaux de cybercommunications existants et futurs. La phrase insiste sur un avantage américain en matière de chiffrement et de sécurité. Le lien cyber est direct : sécuriser l’énergie, les minerais et les télécoms, c’est sécuriser les dépendances matérielles et les réseaux qui les orchestrent.

Ce passage révèle une conception du renseignement comme outil de préparation économique. Identifier des « points stratégiques », ce n’est pas seulement repérer des risques, c’est aussi cartographier des leviers : infrastructures, ressources, routes et partenaires. Dans ce cadre, la cybersécurité devient une condition de confiance pour les investissements, et la surveillance des chaînes d’approvisionnement devient un moyen de réduire l’incertitude.

Le document de 33 pages trace une doctrine : traiter l’économie comme un théâtre de sécurité nationale, avec une communauté du renseignement mobilisée sur les chaînes d’approvisionnement, les technologies et les ressources de l’hémisphère occidental. Sur le plan cyber, l’ambition d’attribution et de réponse « en temps réel » s’appuie explicitement sur le secteur privé. Une stratégie nationale de cybersécurité est par ailleurs annoncée pour début janvier, selon une personne citée par Nextgov/FCW, avec un accent sur les cyberattaques et un rôle accru des partenaires privés. La question de fond est désormais opérationnelle : jusqu’où peut-on accélérer l’attribution et la riposte, sans fragiliser la preuve, la coordination et la confiance entre l’État et les entreprises ?

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CrowdStrike sanctionne un « initié » après business pirate

CrowdStrike a licencié un employé accusé d’avoir transmis des informations internes à un collectif de hackers. L’affaire illustre une menace difficile à neutraliser : l’abus de confiance, parfois plus simple qu’une intrusion technique.

CrowdStrike a confirmé le licenciement d’un employé ayant divulgué des informations internes à un groupe baptisé Scattered Lapsus Hunters, présenté comme une alliance mêlant des profils liés à Scattered Spider, LAPSUS$ et ShinyHunters. Des captures d’écran publiées sur un canal Telegram public montraient un tableau de bord interne de CrowdStrike, avec des liens vers des systèmes d’entreprise, dont l’authentification unique Okta. Les attaquants ont d’abord évoqué une compromission via le prestataire Gainsight et des cookies d’authentification. CrowdStrike nie toute intrusion externe et affirme qu’il s’agissait de photos prises par l’employé. ShinyHunters aurait proposé 25 000 $ (23 000 €) pour obtenir un accès.

Une fuite « par l’intérieur » plutôt qu’une brèche technique

Le cœur du dossier est une clarification d’attribution. Le groupe a, dans un premier temps, revendiqué une compromission de CrowdStrike via une plateforme tierce, Gainsight, en affirmant avoir récupéré des cookies d’authentification. CrowdStrike répond en niant catégoriquement toute attaque externe réussie. Selon l’entreprise, les images ne démontrent pas une intrusion : ce sont des captures prises par un employé depuis son propre écran, puis divulguées.

Les captures publiées sur Telegram auraient montré l’interface d’un tableau de bord interne, avec des liens vers des systèmes de l’entreprise, dont la page d’authentification unique Okta. Même sans accès direct, ce type d’éléments peut alimenter un repérage : cartographie des outils, vocabulaire interne, chemins d’accès, et indices sur la manière dont l’organisation structure ses contrôles.

Le récit insiste sur le risque interne. CrowdStrike place ce danger au même niveau que les vulnérabilités techniques, parce qu’un initié n’a pas besoin de “casser” la sécurité pour faire sortir de l’information. Il peut simplement la copier, la photographier ou la raconter, en profitant d’un accès déjà légitime.

L’offre financière et la tactique de « super alliance »

Une enquête plus poussée, selon CrowdStrike, a établi que ShinyHunters avait offert 25 000 $ (23 000 €). Cette somme suggère une logique de recrutement : payer pour accélérer l’accès, réduire les risques d’attaque directe, et contourner des défenses techniques coûteuses à franchir.

Le groupe cité, Scattered Lapsus Hunters, est décrit comme une « super alliance » rassemblant des membres de plusieurs collectifs connus. L’intérêt de ce type de bannière, dans une opération, est d’agréger des compétences et de maximiser l’impact psychologique, tout en brouillant les responsabilités. En prétendant à une intrusion via un tiers, l’attaquant peut aussi tester la réaction publique et pousser la cible à se défendre, ce qui révèle parfois des informations supplémentaires.

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CrowdStrike affirme que son centre de sécurité a détecté l’anomalie à temps, que les attaquants n’ont pas réussi à établir un accès valide, et que l’événement a été rapidement contenu. L’entreprise indique que ses systèmes n’ont pas été compromis et que ses clients sont restés protégés. L’employé mis en cause a été licencié, et l’affaire a été transmise aux forces de l’ordre.

Ce passage met en avant une distinction essentielle : fuite d’information ne veut pas dire prise de contrôle. Ici, CrowdStrike sépare l’exposition, captures et éléments de connexion, d’une compromission effective de ses systèmes. Cette nuance compte, car les récits d’attaque jouent souvent sur l’ambiguïté entre “preuve de présence” et “preuve d’accès”, surtout lorsqu’une publication sur un canal public vise à créer une perception de défaillance.

Une leçon de chaîne d’approvisionnement, mais aussi de gestion RH

L’incident est rattaché à une série d’attaques récentes attribuées à ce même ensemble d’acteurs contre de grandes entreprises. Le texte souligne leur appétit pour les fournisseurs externes et prestataires, citant Salesforce et Gainsight comme exemples de surfaces privilégiées. Mais l’épisode CrowdStrike rappelle qu’un prestataire n’est pas la seule porte d’entrée : un employé peut jouer ce rôle, volontairement, sous contrainte ou contre rémunération.

Pour les organisations, le message est concret. Renforcer les défenses techniques reste indispensable, mais l’angle mort se situe souvent dans la gouvernance des accès : qui voit quoi, à quel moment, avec quelles traces, et avec quelles barrières contre l’exfiltration “banale”, photo d’écran, export, copie. La prévention passe aussi par la détection comportementale interne et par une politique claire sur les dispositifs personnels, les canaux de messagerie, et la gestion des alertes quand un salarié devient un point de risque.

Cette affaire illustre une réalité opérationnelle : l’attaquant n’a pas toujours besoin d’exploiter une faille, il peut acheter ou manipuler un accès humain, puis fabriquer un récit d’intrusion externe pour amplifier l’effet. La question, côté cyber et renseignement, est désormais de savoir comment mesurer et réduire la probabilité de trahison opportuniste, sans bloquer le travail quotidien : quelles combinaisons de contrôle d’accès, de traçabilité et de signaux RH permettent de détecter un initié avant la fuite publique ?

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Les adresses IP ukrainiennes volées, angle mort européen

À Kherson, des identifiants auraient été extorqués sous contrainte pour détourner des adresses IP ukrainiennes. En toile de fond, la “neutralité” revendiquée par RIPE NCC nourrit une zone grise aux effets directs sur l’attribution des cyberattaques.

Dans les territoires ukrainiens occupés, des opérateurs télécoms auraient été forcés de céder leurs identifiants, permettant la captation d’adresses IP ukrainiennes aujourd’hui exploitées par Moscou. Un mécanisme : re-enregistrement auprès d’entités russes via RIPE NCC, registre basé à Amsterdam, malgré les alertes ukrainiennes et des sanctions européennes visant des structures liées aux RPD et RPL. En masquant des attaques et des opérations de désinformation derrière des IP “ukrainiennes” ou “européennes”, ces détournements compliquent l’attribution et accroissent le risque pour la cybersécurité du continent. La question devient juridique, politique et opérationnelle.

Des “passeports” numériques au rendement stratégique

Le cœur du problème tient à la nature même d’une adresse IP : un identifiant unique qui sert à acheminer le trafic et, dans de nombreux cas, à inférer une localisation. Dans un environnement où les IPv4 sont décrites comme quasi épuisées, la ressource prend une dimension à la fois marchande et stratégique. Une fourchette de prix, 35 à 50 € par IPv4 sur des marchés non officiels. Pour mesurer l’ordre de grandeur, la perte de 1 000 adresses représente entre 35 000 et 50 000 € ; 10 000 adresses, entre 350 000 et 500 000 € ; 100 000 adresses, entre 3,5 et 5 millions d’euros. Oleksandr Fedienko, député ukrainien et ex-président de l’Association ukrainienne de l’Internet, relie ces volumes aux portefeuilles des grands opérateurs, qui compteraient des centaines de milliers d’adresses, et évoque des pertes de plusieurs millions dès lors que quelques milliers d’unités disparaissent.

Mais l’argent n’est qu’un volet. Fedienko insiste sur l’usage de ces adresses par des communications gouvernementales, des transactions bancaires et des signaux d’infrastructures critiques. Dans cette lecture, contrôler des blocs d’IP revient à contrôler une partie de l’identité réseau d’un pays, et donc une capacité de se dissimuler, de filtrer, d’interrompre ou de tromper. L’affirmation, “leur contrôle est une question de sécurité nationale”, situe l’enjeu au niveau du renseignement : une IP n’est pas seulement un numéro, c’est un point d’ancrage pour le camouflage, l’usurpation et l’influence.

Kherson, la contrainte physique et la capture des ressources

Une bascule après les occupations russes de 2014 et de 2022 : des fournisseurs d’accès ukrainiens auraient perdu leurs locaux et leurs adresses IP, ensuite réenregistrées au bénéfice de sociétés russes via RIPE NCC. La spécificité de Kherson, rapportée par Fedienko, est la méthode. Il dit connaître un cas où des ressources ont été « confisquées de force sous la torture« , et précise l’élément opérationnel clé : sans identifiant et mot de passe, la prise de contrôle est difficile. Autrement dit, l’occupation territoriale devient un moyen d’acquérir l’accès administrateur aux actifs numériques, pas seulement de saisir des équipements.

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Nous voici face à des entités présentées comme pivots de l’extension informationnelle russe dans les zones occupées, via des entreprises de communication unitaires d’État créées sous les administrations installées comme Ugletelecom, Comtel, l’opérateur Phoenix et Republican Digital Communications. Leur intérêt, dans cette architecture, est double : utiliser « les plus grands volumes » d’IP volées et offrir une façade administrative pour l’exploitation courante, notamment dans la diffusion de contenus et l’organisation technique de services.

Sanctions, « neutralité » et risque d’attribution pour l’Europe

L’angle juridique est porté par Andriy Pylypenko, avocat participant à un groupe de travail sur le gel des adresses IP volées. Il attribue à ces entités un rôle de soutien informationnel aux administrations d’occupation, avec des actions décrites comme structurantes : organisation de référendums et d’élections truqués, propagation, cyberattaques, et détournement des paiements d’accès à Internet vers les budgets des RPD et RPL. Dans ce cadre, l’IP devient une ressource logistique au service d’un système politique illégal, et un outil pour frapper l’Ukraine tout en compliquant les preuves.

En 2018 l’Association ukrainienne d’Internet a alerté RIPE sur toute coopération avec les RPD et RPL, sans réaction, RIPE arguant que les adresses IP n’étaient pas des ressources économiques, donc pas concernées par les sanctions de l’UE. Puis, en 2021, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a précisé que les ressources IP entraient bien dans la catégorie des ressources économiques au sens du régime européen, ce qui a contraint RIPE à geler l’enregistrement d’IP détenues par des entités sanctionnées. Le conseil d’administration de RIPE a néanmoins contesté publiquement cette interprétation et demandé une exemption, refusée par La Haye faute de base juridique pour des dérogations générales.

L’effet cyber est direct : si des acteurs russes opèrent avec des IP ukrainiennes, ils peuvent faire passer des actions hostiles pour des activités « ukrainiennes » ou « européennes ». Cela brouille l’attribution, ralentit la réponse, et peut déclencher des erreurs d’escalade, au moment même où la reconnaissance par l’OTAN, dès le sommet de Varsovie de 2016, du cyberespace comme domaine opérationnel, et l’idée qu’une cyberattaque majeure pourrait activer la défense collective via l’article 5. Le risque, vu de l’Europe, n’est donc pas abstrait : c’est la possibilité de décisions politiques et techniques prises sur une attribution fragilisée.

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Prospection politique : la CNIL sanctionne cinq candidats

En décembre 2025, la CNIL frappe cinq candidats des scrutins européens et législatifs 2024. Motif : des messages de campagne envoyés à des électeurs, sans respecter plusieurs exigences de protection des données.

La CNIL a prononcé en décembre 2025 cinq sanctions simplifiées contre des candidats aux élections européennes et aux législatives anticipées de 2024. Les contrôles, déclenchés après des signalements via un téléservice dédié, ont mis au jour des manquements liés à l’envoi de SMS, courriels ou courriers de prospection politique. Au total, 23 500 € d’amendes ont été infligés. La CNIL relève notamment l’incapacité à prouver la base légale du traitement, l’utilisation de données collectées pour d’autres finalités, une information incomplète des personnes, l’absence de mécanisme d’opposition, le défaut de réponse à des demandes de droits, et une faille de confidentialité par envoi sans « cci ».

Un observatoire des élections pour capter les dérives

L’épisode démarre pendant la séquence électorale de 2024, marquée par les européennes et des législatives anticipées. Pour canaliser les remontées du public, la CNIL a ouvert un téléservice, pensé comme un point d’entrée unique pour signaler des situations problématiques, dont la réception de messages de prospection politique. Le dispositif, présenté comme un « observatoire des élections », a servi de déclencheur opérationnel. Des citoyens y ont rapporté des SMS, des courriels ou des courriers perçus comme intrusifs, ou envoyés dans des conditions jugées irrégulières.

À partir de ces alertes, l’autorité a interrogé les candidats mis en cause sur la manière dont ils avaient géré les traitements de données liés à leurs envois. Le cœur du sujet n’est pas la communication politique en elle-même, mais la façon dont des informations personnelles ont été utilisées, et sécurisées, pour toucher des électeurs. Dans une campagne, la tentation est forte d’aller vite, d’externaliser, de réutiliser des fichiers existants ou de s’appuyer sur des circuits déjà prêts. C’est précisément là que la CNIL place son curseur : une campagne électorale n’est pas une zone de non-droit, et la mécanique de prospection doit rester compatible avec les règles de protection des données.

Les investigations ont débouché sur cinq sanctions financières prononcées via la procédure simplifiée. La somme totale des amendes atteint 23 500 €. Dit autrement, le dossier met en scène un volume limité de décisions, mais une diversité de défaillances. Et, en filigrane, une même question de gouvernance : qui maîtrise réellement la chaîne, depuis la collecte des données jusqu’au clic sur « envoyer » ?

Des manquements répétés, du consentement à la sécurité

Premier reproche, la difficulté, pour certains candidats, de démontrer que le traitement reposait sur une base légale. La CNIL rappelle que le candidat reste responsable, y compris s’il confie l’envoi à une société spécialisée. Externaliser l’exécution ne transfère pas l’obligation de conformité. Concrètement, les candidats doivent pouvoir établir soit que les destinataires ont accepté de recevoir ces messages, soit que les conditions permettant d’invoquer un intérêt légitime sont réunies, notamment en montrant que les personnes pouvaient raisonnablement s’attendre à être contactées. Or, les contrôles indiquent que certains n’ont pas été capables de fournir ces éléments, ce qui constitue un manquement à l’article 5-2 du RGPD. Sur le plan cyber, l’enjeu est simple : sans traçabilité, pas de preuve, et sans preuve, la conformité s’effondre au premier contrôle.

Deuxième manquement, l’usage de données pour un objectif différent de celui annoncé au départ. Un cas ressort nettement : l’un des candidats, professionnel de santé, a utilisé les numéros de téléphone de ses patients, collectés pour organiser les consultations et assurer le suivi médical, afin d’envoyer un SMS vantant sa candidature. La CNIL juge cet emploi incompatible avec la finalité initiale (article 5-1-b du RGPD). L’affaire illustre une dérive classique dans les environnements riches en données : la réutilisation opportuniste d’un fichier « disponible », sans reposer la question du pourquoi et du cadre. Dans une logique de renseignement, le point d’alerte est évident : lorsqu’une même personne cumule des rôles, l’accès à des données sensibles au travail peut devenir un levier d’influence en dehors de ce contexte.

Troisième reproche, l’information insuffisante des personnes. En prospection politique, la CNIL rappelle l’obligation de fournir l’ensemble des informations prévues par les articles 13 et 14 du RGPD. Le moment dépend de l’origine des données : à la collecte, ou dès le premier message si les données proviennent d’un tiers, par exemple des listes électorales, de sociétés spécialisées dans la revente de données, d’un listing de parti politique, ou d’autres canaux cités par l’autorité. Or, dans quatre cas sur cinq, les messages ou courriers contrôlés n’incluaient pas ces informations, ou seulement une partie. Cette lacune n’est pas un détail rédactionnel. Elle empêche l’électeur de comprendre pourquoi il est ciblé, par qui, et sur quel fondement. Pour une campagne, c’est aussi une erreur stratégique : l’opacité alimente la défiance et transforme un message de mobilisation en signal d’intrusion.

Quatrième manquement, l’absence de mécanisme d’opposition réellement utilisable. Deux candidats n’avaient prévu aucun dispositif permettant aux personnes de refuser la réception de nouveaux messages. La CNIL cite, à titre d’exemples, un « STOP SMS » ou un lien de désinscription. Ici, la logique est binaire : si l’opposition n’est pas simple, elle n’est pas effective, et le droit devient théorique. Dans une lecture cyber, c’est aussi une question de contrôle des flux : une campagne qui ne sait pas traiter les demandes d’opposition est une campagne qui perd la maîtrise de sa propre base, et augmente mécaniquement le risque de plaintes, de blocages et d’escalade contentieuse.

Cinquième point, le défaut de réponse à une demande d’exercice de droits. Un plaignant, destinataire d’un SMS de prospection, a demandé des explications, notamment sur la source de ses données et sur la base légale du traitement, et a également demandé l’effacement. Le candidat n’a pas répondu. La CNIL a sanctionné ce silence et a ajouté une injonction : répondre aux demandes. Ce volet, souvent traité comme un irritant administratif, est en réalité un test de maturité organisationnelle. Répondre suppose d’avoir documenté les entrées de données, les échanges avec d’éventuels prestataires, et la logique de conservation. Là encore, sans journalisation et sans chaîne de responsabilité, la réponse devient impossible.

Enfin, la CNIL relève un manquement à la confidentialité (article 32 du RGPD) dans un envoi par courriel à plusieurs centaines de destinataires, tous adhérents d’un même parti, sans utiliser le champ « cci ». Résultat : les adresses électroniques ont été exposées à l’ensemble des destinataires. L’autorité insiste sur la gravité du risque, car ces données peuvent révéler des opinions politiques réelles ou supposées. Elle rappelle qu’il s’agit de données sensibles au sens de l’article 9 du RGPD. Pour l’angle cybersécurité, c’est le point le plus immédiatement tangible : une simple erreur de paramétrage, ou un geste mal maîtrisé, suffit à créer une fuite de données, avec un impact potentiel sur la sécurité des personnes et sur la confiance dans l’organisation politique.

Ce que la CNIL rappelle aux candidats, et aux prestataires

Pris ensemble, ces manquements dessinent une cartographie très concrète des fragilités des campagnes. D’abord, la gouvernance. La CNIL répète un principe clé : même si une entreprise est sollicitée pour envoyer les messages, le candidat demeure comptable de la conformité. Dans les faits, cela signifie que la délégation ne peut pas se limiter à « faire partir » un volume de messages. Elle doit inclure la capacité à démontrer la licéité, à expliquer l’origine des données, et à garantir les droits. Ce n’est pas une formalité, c’est une obligation de preuve.

Ensuite, la discipline des finalités. Le cas du professionnel de santé résume l’écueil : une donnée collectée dans un contexte relationnel asymétrique, ici le soin, ne peut pas être recyclée pour un objectif électoral. Au-delà du cadre juridique rappelé par la CNIL, l’effet de renseignement est évident : des bases constituées pour des usages de confiance, lorsqu’elles sont détournées, deviennent des outils de pression ou d’influence, même si l’intention initiale se veut « seulement » politique. La frontière, pour le public, se brouille immédiatement.

Troisième enseignement, la transparence n’est pas optionnelle. La CNIL insiste sur l’information complète : dire ce qui est fait, avec quelles données, et comment exercer ses droits. Ce point est crucial dans un environnement où les données circulent par listes, par prestataires, par réutilisations successives. Le texte de l’autorité cite explicitement des sources possibles de données, comme les listes électorales ou la revente, ce qui suffit à comprendre le risque : dès que l’origine n’est plus directe, la charge de clarté augmente.

Quatrième leçon, l’opposition et la gestion des droits doivent être conçues comme un circuit. Un « STOP » absent, une demande ignorée, et la campagne se retrouve à la fois en infraction et dans l’incapacité de corriger. Ce n’est pas seulement une faute, c’est une perte de contrôle. Les campagnes modernes fonctionnent avec des outils, des envois en masse, parfois des fichiers multiples. Sans procédure, l’organisation ne sait plus où se trouvent les données, qui les a, ni comment arrêter l’usage.

Cinquième rappel, la sécurité opérationnelle la plus basique compte. L’épisode du courriel sans « cci » montre qu’une fuite peut naître d’un acte banal. Dans le champ politique, où l’exposition peut être sensible, divulguer une appartenance ou une proximité partisane, même indirectement, peut entraîner des conséquences disproportionnées. La CNIL qualifie ces informations de sensibles, et souligne la gravité de leur révélation. Ce rappel vaut comme message plus large : la conformité n’est pas qu’une affaire de formulaires, elle touche à la protection effective des personnes, et donc à la sécurité.

Licenciements : sécuriser les accès et les données

Quand un salarié change de poste ou quitte l’entreprise, chaque accès oublié ou support non restitué devient une opportunité de fuite, de sabotage discret ou de revente de données sensibles.

Le départ d’un collaborateur, volontaire ou contraint, est un moment critique pour la sécurité des systèmes d’information. Entre télétravail généralisé, outils cloud et informatique parallèle, les risques de fuite de données explosent si la révocation des accès, la restitution des supports et le contrôle des téléchargements ne sont pas rigoureusement encadrés. Comme va vous le montrer DataSecurityBreach.fr les licenciements nourrissent une offre soutenue sur le darknet, où des bases clients et informations internes se négocient activement. En structurant les procédures d’embauche, de mobilité et de sortie autour du principe du moindre privilège, de l’Identity and Access Management et de la surveillance des usages, les entreprises réduisent fortement la surface d’attaque interne.

Le licenciement, moment privilégié pour les fuites de données

Le fonctionnement normal d’une organisation repose sur une évidence souvent oubliée en sécurité : aucun salarié n’est éternel. Les recrutements, les mobilités internes, puis les licenciements forment un cycle naturel, mais les politiques de protection du système d’information se concentrent beaucoup plus sur l’entrée que sur la sortie des personnes. Cette asymétrie crée un angle mort où les risques explosent précisément au moment où le lien de confiance se fragilise.

Les fuites liées aux licenciements constituent une des infractions intentionnelles les plus courantes dans les entreprises. Les données internes, notamment commerciales, sont activement recherchées sur le darknet.

Le problème commence dès l’embauche lorsqu’un candidat est recruté sans vérification suffisante de sa fiabilité. Un employé peu scrupuleux peut, une fois informé de son licenciement, voler des secrets d’affaires, transférer des fichiers stratégiques vers un concurrent ou supprimer des informations critiques pour nuire à l’entreprise. C’est ici que la fonction sécurité, y compris l’équipe en charge de la protection du système d’information, doit jouer un rôle dès le recrutement.

Un contrôle d’antécédents approfondi mené par le service compétent permet de vérifier diplômes, expériences précédentes, éventuels casiers judiciaires ou éléments problématiques susceptibles d’augmenter le risque pour l’organisation. L’objectif n’est pas de transformer chaque recrutement en enquête intrusive, mais de réduire la probabilité d’intégrer un futur acteur malveillant. En parallèle, la sensibilisation régulière des équipes aux enjeux de cybersécurité rappelle les obligations de confidentialité et l’impact d’un comportement déviant.

Le principe du moindre privilège sert de garde-fou permanent. En limitant les droits d’accès de chacun aux seules ressources nécessaires à ses missions, l’entreprise réduit mécaniquement le volume de données auxquelles un salarié peut accéder et potentiellement emporter au moment de son départ. Des sauvegardes robustes et une protection renforcée des fichiers critiques complètent ce dispositif en permettant de restaurer des informations effacées volontairement ou non, tout en limitant la capacité de nuisance d’un employé sur le départ.

Révocation des accès, shadow IT et angles morts du cloud

Le risque le plus immédiat au moment d’un licenciement réside dans la suppression tardive ou incomplète des droits d’accès. Un compte mail ou un identifiant applicatif laissés actifs quelques jours de trop peuvent suffire à exfiltrer une base de clients ou à détruire des données essentielles. Pire, un compte oublié peut être récupéré par un attaquant externe pour rebondir sur les systèmes internes et mener une intrusion plus large.

La difficulté vient du fait qu’il est souvent complexe de tracer précisément l’historique des autorisations accordées à un salarié, surtout lorsqu’il est en poste depuis des années ou qu’il détient des privilèges d’administration. Pour reprendre la main, des audits réguliers des droits permettent de cartographier les catégories d’accès, de repérer ceux devenus inutiles et d’identifier les entorses aux procédures validées. L’intervention de prestataires spécialisés, mandatés pour réaliser des évaluations de risques et structurer les processus de sécurité du système d’information, peut apporter un regard externe et une vision plus complète.

La mise en place de solutions de gestion des identités et des accès, ainsi que de technologies dédiées à la sécurité des identités, devient le socle technique de ce contrôle. En automatisant les workflows, l’entreprise peut révoquer les rôles associés à un collaborateur dans les 24 heures suivant un licenciement ou un changement de poste, tout en notifiant les responsables et en générant des journaux d’audit. Ce délai chiffré, 24 heures, fixe un objectif clair de réactivité et limite la période pendant laquelle un compte résiduel peut être exploité.

Mais un autre risque se glisse en périphérie de ces dispositifs : l’informatique parallèle, ou shadow IT. Utilisation d’outils non référencés, ouvertures de comptes personnels sur des services en ligne, adoption spontanée de plateformes cloud ou SaaS, autant de pratiques qui échappent aux mécanismes classiques d’Identity and Access Management. Tant que ces systèmes ne sont pas intégrés à l’annuaire d’entreprise, les départs de collaborateurs ne déclenchent pas automatiquement la suppression des comptes associés. L’accès persiste alors au-delà du dernier jour travaillé, parfois dans une opacité totale pour la DSI.

La menace ne se limite pas à la fuite de données : introduction de logiciels malveillants, perte de capacité de reprise après sinistre, incohérences dans les sauvegardes, autant de conséquences possibles. Pour retrouver de la visibilité, il est nécessaire de recourir à des outils de surveillance du trafic réseau et à des solutions d’analyse du comportement des utilisateurs et des entités (UEBA). En observant les schémas d’activité, ces technologies mettent en lumière les usages cachés, détectent les connexions inhabituelles à des services SaaS ou des comportements anormaux.

Parallèlement, établir et maintenir à jour un inventaire complet des plateformes cloud et SaaS utilisées dans l’organisation, avec le niveau d’accès associé à chaque catégorie de personnel, permet de réduire les angles morts. La gestion des droits d’accès à l’infrastructure cloud via des technologies de type CIEM offre une vision globale des permissions accumulées au fil du temps. Les administrateurs peuvent alors révoquer, nettoyer ou ajuster les droits d’un salarié en une seule opération lors de son départ, plutôt que de découvrir tardivement des accès résiduels exploités à mauvais escient.

Supports, téléchargements, ressentiment : le facteur humain sous tension

Au-delà des comptes et droits logiques, le licenciement pose la question des supports physiques et des canaux de transfert. Dans un contexte de télétravail et d’usage massif d’appareils personnels, les données peuvent se retrouver stockées localement sur des ordinateurs privés non chiffrés, sur des smartphones insuffisamment protégés ou transitant par des réseaux Wi-Fi domestiques vulnérables. Chaque copie échappant au contrôle de l’entreprise augmente le risque de fuite accidentelle ou d’exploitation malveillante ultérieure.

La première étape consiste à récupérer l’ensemble des matériels fournis au salarié sortant. Ordinateurs, smartphones, tablettes, mais aussi supports amovibles doivent être restitués, puis analysés si nécessaire. Dans le même temps, les accès réseau autorisés depuis des appareils personnels dans le cadre de politiques BYOD doivent être supprimés. Il s’agit d’éviter qu’un ancien collaborateur puisse encore se connecter depuis un terminal privé resté configuré.

Avant même l’annonce des licenciements, le durcissement temporaire des postes et des flux réduit la fenêtre de tir. Le blocage des ports USB, l’interdiction des envois vers des boîtes mail personnelles et le filtrage des sites de partage de fichiers limitent les téléchargements massifs de données sensibles. La désactivation de l’authentification unique empêche qu’un identifiant central compromis ouvre la porte à une multitude d’applications internes. La réinitialisation des mots de passe des comptes à privilèges, accompagnée d’une interdiction d’accès au compte principal de l’utilisateur, complètent ce verrouillage.

Les risques ne disparaissent toutefois pas au moment où le badge est rendu. Un salarié peut avoir emporté, volontairement ou non, du code qu’il a produit, des fichiers confidentiels, ou des bases clients. La mise à jour des contrôles d’accès physiques, notamment pour empêcher tout retour non autorisé dans les bureaux ou les centres de données, est une mesure complémentaire. Sur le plan logique, les outils de sécurité et les mécanismes d’analyse comportementale doivent continuer à surveiller l’activité liée au compte de l’ex-salarié pendant plusieurs semaines, afin de repérer une exploitation tardive de données déjà copiées.

Des audits rétrospectifs des journaux, des téléchargements et des échanges de courriels à partir de la date de démission permettent de reconstruire les opérations réalisées par la personne. La création et la conservation d’images forensiques de ses équipements professionnels pendant une période déterminée donnent aux enquêteurs la possibilité de revenir sur les faits si un incident est découvert ultérieurement. Cela ne repose pas sur des données nouvelles, mais sur l’exploitation systématique de traces déjà disponibles au sein du système d’information.

Enfin, le facteur psychologique ne doit pas être sous-estimé. Lorsqu’un employé est informé à l’avance de sa date de licenciement, le ressentiment peut se transformer en motivation à nuire, voire en comportement d’agent infiltré. Prévenu à l’avance, il dispose du temps nécessaire pour collecter progressivement des informations, exporter des bases de données ou photographier des documents. Des licenciements massifs peuvent aussi démoraliser les équipes restantes, générant de la négligence et donc de nouvelles vulnérabilités dans les usages quotidiens du système d’information.

Pour atténuer ces risques, les procédures de départ gagnent à être respectueuses et transparentes, avec des explications claires sur les raisons de la décision, indépendamment de l’ancienneté du salarié. Informer l’équipe des échéances et des projets à assurer, organiser des entretiens de sortie pour recueillir le ressenti, évaluer les risques de sécurité associés et rappeler les obligations de confidentialité, contribuent à réduire les tensions. Le maintien d’un contact minimal, voire l’intégration de l’ex-salarié dans un réseau d’anciens, peut limiter l’envie de monétiser des données internes et favorise une culture où la sécurité de l’information reste une responsabilité partagée, même après le départ.

En intégrant la sécurité à chaque étape du cycle de vie des employés, de l’embauche au licenciement, les organisations transforment un moment traditionnellement fragile en processus maîtrisé. Contrôles d’antécédents, moindre privilège, gestion industrialisée des identités, lutte contre le shadow IT, récupération systématique des supports, durcissement des canaux de téléchargement et prise en compte du facteur humain composent un ensemble cohérent. L’enjeu dépasse la simple conformité : il s’agit de protéger des actifs informationnels qui, comme le montrent les offres visibles sur le darknet, conservent une valeur marchande élevée longtemps après le départ d’un salarié. La vraie question pour les directions cybersécurité et les services de renseignement économique internes est donc claire : leurs procédures de licenciement sont-elles déjà conçues comme un dispositif de défense, ou restent-elles un angle mort exploitable pour les menaces internes et externes ?

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OVHcloud lance sa Quantum Platform dans le cloud européen

OVHcloud dévoile une plateforme dédiée aux ordinateurs quantiques, une étape stratégique qui vise à démocratiser l’accès aux technologies de calcul avancé via une offre opérée entièrement en Europe.

Le communiqué fait état de la mise à disposition d’une infrastructure Quantum-as-a-Service permettant d’exploiter, dès son lancement, une première machine fournie par Pasqal et destinée à accueillir au moins huit systèmes quantiques d’ici deux mille vingt-sept. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique européenne de souveraineté technologique, où les outils de calcul quantique deviennent un élément central pour anticiper les besoins industriels, scientifiques et sécuritaires. OVHcloud s’appuie sur un écosystème déjà structuré autour de plusieurs émulateurs quantiques et ambitionne d’accompagner les organisations publiques et privées vers les usages de demain en simplifiant l’accès à une puissance autrefois réservée à des infrastructures spécialisées.

Une plateforme tournée vers la démocratisation du calcul quantique

Selon le document, OVHcloud positionne son offre comme une passerelle pour favoriser l’adoption de ces technologies émergentes par les entreprises et les institutions. Le groupe rappelle que les capacités quantiques permettent de traiter des problématiques complexes qui échappent aux architectures classiques. L’accès à ces ressources via le cloud devient ainsi le levier principal pour ouvrir ces technologies à un public élargi.

La Quantum Platform offre une première intégration concrète à travers une unité de calcul de Pasqal. Ce système, basé sur une technologie d’atomes neutres, met à disposition cent qubits dès le lancement. L’objectif affiché est de permettre aux organisations d’explorer les cas d’usage quantiques, d’évaluer les gains potentiels et de préparer progressivement leur transition vers des environnements où le calcul quantique viendra se combiner aux capacités traditionnelles.

L’orientation consiste à fournir un environnement unique dans lequel le quantique s’insère sans bouleverser les infrastructures existantes, réduisant les obstacles techniques et les coûts associés. La démarche se veut pragmatique et vise à transformer une technologie encore perçue comme expérimentale en un outil opérationnel accessible à la demande.

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Un écosystème en expansion autour des technologies quantiques

OVHcloud rappelle avoir initié sa stratégie quantique en deux mille vingt-deux en proposant un premier émulateur accessible dans un environnement spécialisé. Le communiqué indique que l’offre compte désormais neuf émulateurs, formant la gamme la plus complète disponible en Europe. Cette diversité a permis à près d’un millier d’utilisateurs d’explorer différents modèles de calcul et de tester des algorithmes avant leur exécution sur des machines physiques.

La mise en service de la première machine Pasqal dans le cadre de la Quantum Platform permet à OVHcloud d’étendre son positionnement en ajoutant une puissance quantique réelle à son catalogue. La disponibilité prochaine de plusieurs autres systèmes vise à élargir l’éventail technologique afin de couvrir les différentes approches développées par les acteurs européens. Selon le texte, sept des huit futures machines proviendront d’industriels européens, ce qui constitue un élément important pour renforcer une chaîne de valeur locale.

L’entreprise inscrit cette évolution dans une stratégie globale visant à bâtir un écosystème cohérent pour soutenir la recherche, l’expérimentation et le développement de cas d’usage industriels. L’ajout progressif des machines permettra aux utilisateurs de disposer d’une variété de technologies adaptées à des problématiques différentes, tout en conservant une interface unifiée au sein des infrastructures d’OVHcloud. Le communiqué souligne que cette dynamique participe à la construction d’un socle européen indépendant, capable d’opérer et de maintenir des infrastructures critiques liées au calcul quantique.

Une ambition de souveraineté numérique européenne

Le communiqué met en avant une double vision : démocratiser l’usage et garantir un ancrage souverain pour la chaîne technologique. L’intervention de la responsable du quantique au sein du groupe précise que cette offre fournit aux clients les moyens d’expérimenter les technologies de pointe dans un cadre maîtrisé. Le message s’inscrit dans la volonté d’accompagner les entreprises vers une montée en compétence progressive afin de les préparer aux mutations technologiques anticipées au cours des prochaines années.

Le dirigeant de Pasqal insiste sur la dimension stratégique de cette collaboration. Il évoque une étape majeure dans la construction d’une souveraineté numérique européenne en soulignant que l’ensemble de la chaîne, du matériel au cloud, pourra être développé et opéré à l’intérieur du continent. Cette déclaration souligne la volonté de créer une filière solide, indépendante et capable de rivaliser avec les acteurs internationaux.

La coopération annoncée vise à constituer un bloc technologique cohérent et compétitif. L’accès à une plateforme entièrement opérée sur le territoire européen est présenté comme un élément central pour assurer la maîtrise des données et des infrastructures sensibles. Les deux acteurs affichent un alignement stratégique visant à permettre aux entreprises publiques et privées d’accéder à des ressources critiques sans dépendre d’opérateurs extérieurs.

 

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La Quantum Platform marque une étape structurante dans le développement d’une capacité quantique européenne accessible via le cloud. L’intégration progressive de plusieurs machines et la volonté d’assurer une chaîne souveraine placent OVHcloud au cœur d’un mouvement visant à préparer les organisations aux défis technologiques émergents. Comment cette infrastructure influencera-t-elle les futures stratégies de calcul hybride et les politiques européennes liées à la souveraineté technologique ?